Séville, ma première parenthèse : partir pour mieux revenir

Ce premier billet qui inaugure le blog J’ouvre une parenthèse est très personnel. En effet, c’est à travers mon expérience que j’ai choisi de commencer à vous parler de mon projet.

Ici j’ai envie de discuter de parenthèse, d’escapade, d’échappée, de pause, d’intermède en solitaire. Mon propos n’est pas d’aborder le voyage solo qui est de plus en plus en vogue et tant mieux, mais bien un champ plus circonscrit en termes de distance et de temps.

Cela fait maintenant plusieurs années qu’une ou deux fois par an je m’échappe quelques jours en solitaire. Alors aujourd’hui je vais vous raconter ma première expérience. Je ne vais pas prétendre être une grande aventurière, comme en témoigne la « fugue » que j’ai faite à l’âge de 14 ans, à 50 mètres de la maison pendant moins d’une heure… Non, je vais vous parler de cet élan qui un soir de printemps m’a conduit à réserver des billets d’avion et une chambre d’hôtel. Cette parenthèse avait alors la forme d’une fuite, elle répondait à un besoin vital de prendre le large et le temps de me poser, de répondre aux questions qui s’agitaient dans ma tête.

La parenthèse démarre bien avant de refermer derrière moi la porte de l’appartement. Car une fois la décision prise il faut choisir la destination. J’avais envie de soleil, d’être dans une ville. Assez rapidement, l’image de Séville s’est imposée. Notamment parce que je restais sur une déception lors de ma précédente visite au cours d’un roadtrip très pluvieux en Andalousie.

Des vols low cost partent d’un aéroport allemand pas trop éloigné de chez moi, il ne me reste qu’à fixer la durée et les dates de mon voyage. Ce sera 5 jours/ 4 nuits au début du mois de juillet. [Mettons les pieds dans le plat tout de suite : il est aujourd’hui inenvisageable pour moi de partir une poignée de jours en prenant l’avion. En écrivant ce récit je prends conscience du chemin parcouru, il y a quelques années en arrière je ne me posais pas la question de prendre l’avion… L’idée n’est évidemment pas de faire culpabiliser celles et ceux qui le font mais plutôt de proposer des alternatives, ce que je tenterai de faire dans les différents articles].

Puis vint l’étape que j’adore en préparant des séjours : flâner sur internet pour trouver un logement sur mesure. Je jette mon dévolu sur un joli petit hôtel à la décoration soignée, bien central : Petit Palace Triana.

A partir de là je pus me projeter dans cette parenthèse, rêver à la chaleur / aux tapas / à la solitude / à la liberté.

Ce que je n’avais pas imaginé, c’est que je fus rapidement confrontée aux réactions de mon entourage ; si certaines personnes m’encouragèrent, plusieurs autres raillèrent ma démarche et s’interrogèrent sur la raison d’un voyage seule alors que j’étais en couple. Cela ne fit que me conforter dans l’idée que les femmes méritent de partir et devraient s’autoriser beaucoup plus à le faire seule.

Le jour du départ, le réveil est très matinal, je roule jusqu’à l’aéroport, non sans un petit pincement au cœur en m’éloignant de l’appartement et de mon chéri. C’est une première, je suis à la fois excitée et un peu nerveuse.

La dernière fois que j’ai pris l’avion toute seule j’avais 20 ans et je partais à New York pour être jeune fille au pair. Je ne suis plus la même mais sans en avoir conscience, ce voyage va me faire renouer un peu avec elle/moi. Je passe tout le vol les yeux rivés sur les paysages qui défilent en-dessous de moi.

Est-ce le vent qui souffle en descendant de l’avion ou la perspective de ces jours à venir ? Quoi qu’il en soit je me sens légère et pleine d’énergie en arrivant dans la capitale andalouse. Pas de programme, c’est la règle que je me suis fixée ; je suivrai mes envies, que ce soit pour manger ou pour les choses à voir, à faire.

Ce que j’ai le plus aimé ? La visite de l’Alcazar, ses jardins merveilleux, l’architecture et les décors magnifiques, les moments de pause à écrire, à ressentir, à savourer cette chance de m’offrir cette échappée.

Mais je retiens aussi les déambulations dans les ruelles sous la chaleur harassante à me gorger de soleil, le goût des figues volées sur les arbres le long du Guadalquivir, ainsi que le plaisir de pédaler dans une ville que je connaissais si peu, au gré des envies (et sans freins, ce qui ajouta un peu de piment !). Et surtout la liberté ultime de faire ce que je veux quand je veux, invisible, étrangère au milieu de gens qui ne parlent pas ma langue.

Pourtant je ne vais pas cacher qu’il y a eu des moments plus difficiles, ou assaillie de doutes les larmes s’écoulaient malgré la joie d’être là. L’inconfort du premier dîner toute seule (j’aurai l’occasion d’en reparler). Ou encore après cette fantastique projection en plein air de Bohemian Rhapshody (en espagnol sans sous-titres, donc certaines subtilités de l’histoire m’ont sans doute échappé) où je suis péniblement rentrée à l’hôtel à vélo (toujours sans freins…), terrassée par une terrible migraine ; je garde un souvenir douloureux de moi allongée sur le sol de la salle de bain, incapable de faire autre chose que de me traîner jusqu’au lit.

Mais je ne regrette absolument rien. Ce séjour a eu de fabuleux de m’offrir la possibilité de me retrouver seule avec moi-même, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Et on ne peut pas tricher dans cette situation. C’est d’ailleurs pour cela que certain.e.s fuient la solitude, les occasions de se retrouver face à leurs questionnements et leur propre regard.

La notion de parenthèse a plusieurs définitions comme dans le Larousse à propos d’ouvrir une parenthèse « placer un intermède entre deux actions. ». Mais celle que je préfère est tirée du dictionnaire de l’Académie française « Période formant un moment à part dans le cours régulier d’une existence. »

Après 5 jours, j’étais prête et décidée à prendre la route du retour ; ce cheminement à la fois géographique et intérieur m’a permis de rentrer l’esprit plus clair, l’espoir revenu, la combativité et l’énergie retrouvés. Je savais mieux qui j’étais, ce que je voulais, ce que je ne voulais plus.

Ne pensez pas que c’est une question de caractère, d’indépendance, de courage ou encore de lubie féministe. Les femmes ont toujours voyagé, mais elles ont été invisibilisées et souvent cantonnées à leur rôle d’épouse ou de mère, dénigrées et empêchées de se déplacer, freinées par les risques agités comme des épouvantails par les hommes.

Demandez-vous quand avez-vous eu plus d’une heure rien que pour vous, sans avoir à vous soucier de l’heure/de quelqu’un/ de quelque chose à faire. Qu’elle se déroule à une cinquantaine de kilomètres ou dans un pays, une ville plus lointain.e, qu’elle dure un jour ou une semaine, l’essentiel pour moi réside en deux mots : partir seule. Contrairement à ce que certains disent, que beaucoup pensent, cet « égoïsme » est salutaire et cette parenthèse apporte des bienfaits à tout le monde.

Dîtes-vous qu’au retour, votre vie n’aura pas changé mais vous si, et votre regard sur les choses sera différent. Et c’est tout ce qui importe, c’est le début du chemin…


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